Faut-il mettre les technologies dans un référentiel de métier émergent ?

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Lorsqu’un métier se développe dans un environnement technologique en pleine transformation, il peut sembler naturel de faire apparaître ces technologies partout : dans l’intitulé de la certification, dans les activités et jusque dans la formulation de chaque compétence. Pourtant, au cours de travaux récents sur plusieurs métiers émergents, une question est revenue régulièrement : sommes-nous en train de décrire un métier ou la boîte à outils qu’il utilise aujourd’hui ?

La distinction est loin d’être anodine.

Une technologie n’est pas une compétence

Prenons volontairement un exemple très général.

Un professionnel peut utiliser une technologie d’intelligence artificielle pour analyser une situation, concevoir une solution ou automatiser une partie d’un processus. L’intelligence artificielle fait bien partie de son environnement professionnel. Mais où se situe réellement la compétence ? Dans le fait d’utiliser l’outil ? Ou dans sa capacité à analyser le besoin, sélectionner la solution adaptée, définir les conditions de son intégration, en évaluer les limites et arbitrer entre plusieurs options ?

Dans le second cas, la technologie est un moyen mobilisé dans l’exercice de la compétence. Ce n’est pas exactement la même chose. Et cette nuance devient essentielle lorsqu’on construit un référentiel destiné à conserver sa pertinence plusieurs années.

Le risque du référentiel photographique

Un référentiel peut parfaitement refléter les pratiques professionnelles au moment où il est écrit et pourtant vieillir très rapidement. C’est particulièrement vrai dans les domaines numériques. Un outil dominant aujourd’hui peut être remplacé demain. Une architecture technologique peut évoluer. Une nouvelle génération de solutions peut modifier les méthodes de travail.

Si les compétences sont définies trop étroitement autour des outils existants, le référentiel risque alors de décrire une photographie datée du métier. Or la certification doit attester quelque chose de plus durable : une capacité professionnelle mobilisable dans différents contextes.

L’enjeu consiste donc à identifier ce qui restera valable même lorsque les moyens auront évolué.

Cela ne signifie pas qu’il faut gommer la technologie

L’excès inverse serait tout aussi problématique. Vouloir produire un référentiel tellement intemporel qu’il ne reflète plus les réalités professionnelles contemporaines conduirait à des formulations trop génériques. Sur certains métiers, les technologies sont constitutives du contexte d’exercice. Ne pas faire apparaître l’intelligence artificielle dans une activité directement transformée par l’IA, par exemple, pourrait rendre le référentiel artificiel.

Il ne s’agit donc pas de choisir entre un référentiel « technologique » et un référentiel « sans technologie ». Il faut trouver le bon niveau de granularité.

Nommer une famille de technologies plutôt qu’un outil

Une première piste consiste à distinguer la technologie structurante de l’outil commercial utilisé pour la mettre en œuvre. Mentionner des solutions d’intelligence artificielle, des plateformes cloud, des systèmes de gestion de données ou des outils de simulation peut être nécessaire pour caractériser l’environnement professionnel.

En revanche, inscrire systématiquement un logiciel, une plateforme ou une version précise dans une compétence peut rapidement devenir limitant.

La compétence doit rester transférable. Le professionnel certifié ne devrait pas être compétent uniquement parce qu’il maîtrise l’outil A. Il doit pouvoir comprendre les principes, analyser le contexte et mobiliser une solution adaptée, qu’il s’agisse aujourd’hui de l’outil A et demain de l’outil B.

La technologie peut être un moyen sans devenir la finalité

La formulation de la compétence joue ici un rôle important.

Comparons deux logiques.

  • La première consiste à formuler une compétence essentiellement autour de l’utilisation d’une technologie.
  • La seconde part de l’activité professionnelle et précise les technologies parmi les moyens susceptibles d’être mobilisés.

Dans le premier cas, l’outil structure la compétence.

Dans le second, c’est le résultat professionnel attendu qui la structure. Cette deuxième logique permet généralement de mieux préserver le sens du métier. Car ce que l’on attend du professionnel n’est pas uniquement qu’il utilise une technologie.

On attend qu’il produise un diagnostic, définisse une architecture, conçoive une solution, prenne une décision, sécurise un processus ou améliore une situation professionnelle grâce à elle.

Une question permet souvent de trancher

Lorsqu’une technologie apparaît dans une compétence, je trouve utile de se poser une question très simple : « Si cette technologie est remplacée dans trois ans, la compétence existe-t-elle toujours ? »

  • Si la réponse est oui, il faut probablement s’assurer que la formulation met bien en avant la compétence professionnelle durable.
  • Si la réponse est non, il faut se demander si l’on décrit réellement une compétence métier ou plutôt une maîtrise technique ponctuelle.

Ce test n’implique pas de supprimer le nom de la technologie. Il permet simplement de vérifier qu’elle n’a pas pris la place de l’activité professionnelle elle-même.

Le titre de la certification pose la même question

Cette réflexion ne concerne d’ailleurs pas uniquement les compétences. Elle vaut aussi pour l’intitulé d’une certification.

Associer un métier à une technologie très visible peut renforcer sa lisibilité à court terme. Mais cela peut aussi l’enfermer.

  • Que devient l’intitulé si la technologie évolue ?
  • Le métier disparaît-il avec elle ?
  • Ou les mêmes responsabilités continueront-elles à exister avec de nouveaux outils ?

Cette question mérite d’être posée très tôt dans la démarche de cadrage.

Construire un référentiel capable d’évoluer

C’est probablement l’un des exercices les plus intéressants liés aux métiers émergents. Il faut réussir à construire un référentiel suffisamment ancré dans les pratiques actuelles pour être crédible, sans le rendre dépendant de technologies susceptibles d’évoluer beaucoup plus vite que le métier lui-même.

Autrement dit, le référentiel doit être capable de parler du présent sans devenir prisonnier du présent. Cela suppose de distinguer en permanence trois niveaux :

  • le métier, qui définit la responsabilité professionnelle ;
  • la compétence, qui permet d’exercer cette responsabilité ;
  • la technologie, qui constitue l’un des moyens mobilisés pour y parvenir.

Lorsque ces trois niveaux sont clairement distingués, le référentiel gagne généralement en lisibilité, en cohérence et en capacité d’évolution.

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