De la compétence au parcours : les étapes pour construire une architecture pédagogique

Construire un parcours de formation ne consiste pas à répartir des enseignements dans un calendrier. Pourtant, lorsqu’un nouveau programme doit être créé, la réflexion commence encore souvent par les mêmes questions :

  • Combien d’heures faut-il prévoir ?
  • Quels modules devons-nous intégrer ?
  • Quels intervenants peuvent assurer les enseignements ?

Ces questions sont nécessaires. Mais elles arrivent trop tôt. Avant de déterminer les volumes horaires, les modules ou les modalités pédagogiques, il faut comprendre ce que l’apprenant devra être capable de faire à l’issue du parcours et comment il pourra progressivement développer cette capacité.

C’est le rôle de l’architecture pédagogique.

Commencer par définir le point d’arrivée

Toute architecture pédagogique suppose d’abord de connaître la destination. Dans une formation visant le développement de compétences professionnelles, cette destination est constituée par les compétences attendues en fin de parcours. Le référentiel de compétences fournit donc un point de départ essentiel. Mais il ne suffit pas de reprendre ses formulations dans le programme. Il faut les analyser.

Pour chaque compétence, plusieurs questions doivent être posées :

  • Quelles connaissances sont nécessaires ?
  • Quelles méthodes doivent être maîtrisées ?
  • Quels outils devront être utilisés ?
  • Quelles situations professionnelles devront être comprises ?
  • Quel niveau d’autonomie est attendu ?
  • Quelles décisions le professionnel devra-t-il être capable de prendre ?

Cette décomposition permet d’identifier les apprentissages nécessaires avant même de parler de modules.

Identifier les prérequis et les dépendances entre apprentissages

Toutes les compétences ne peuvent pas être développées simultanément. Certaines supposent la maîtrise préalable d’autres ressources. Il est difficile, par exemple, de demander à un apprenant de définir une stratégie avant qu’il ne soit capable d’analyser l’environnement dans lequel elle doit s’inscrire. De même, une compétence de pilotage suppose souvent d’avoir déjà acquis des méthodes d’analyse, des outils de suivi et une compréhension suffisante des contraintes opérationnelles.

L’architecture pédagogique consiste donc aussi à identifier les dépendances.

  • Que faut-il maîtriser avant de pouvoir réaliser cette activité ?
  • Quels apprentissages peuvent être conduits parallèlement ?
  • Lesquels nécessitent au contraire une progression ?

Cette réflexion évite de construire un programme uniquement à partir d’une logique administrative ou de disponibilité des intervenants. Le calendrier devient la conséquence de la progression pédagogique, et non son point de départ.

Organiser le parcours en séquences d’apprentissage

Une fois les apprentissages identifiés, ils peuvent être regroupés en ensembles cohérents. Selon les dispositifs, ces ensembles pourront ensuite prendre la forme de modules, unités d’enseignement, séquences, projets ou périodes d’application. Mais leur structuration doit conserver une logique de progression.

Une séquence peut par exemple permettre :

  • D’acquérir les fondamentaux nécessaires ;
  • Puis d’expérimenter une méthode dans une situation guidée ;
  • Puis de mobiliser plusieurs ressources dans une situation plus complexe ;
  • Avant d’agir avec davantage d’autonomie.

Cette logique est particulièrement importante dans les parcours longs. Sans architecture globale, les modules peuvent devenir une succession d’enseignements de qualité mais faiblement connectés entre eux. L’apprenant acquiert alors des connaissances « en silos » et doit reconstruire lui-même les liens au moment des évaluations ou de son arrivée en situation professionnelle.

Donner une fonction précise à chaque modalité pédagogique

Présentiel, classe virtuelle, e-learning, projet, étude de cas, simulation, travail collaboratif, période en entreprise… Une architecture pédagogique peut mobiliser de nombreuses modalités. Mais leur diversité n’est pas un objectif en soi.

La question essentielle reste : « Pourquoi cette modalité à cet endroit du parcours ? »

  • Un module asynchrone peut être parfaitement adapté à l’acquisition de connaissances fondamentales.
  • Une étude de cas peut permettre de développer l’analyse.
  • Une simulation peut entraîner à la prise de décision ou à la communication.
  • Un projet peut permettre de mobiliser simultanément plusieurs compétences.

L’entreprise peut enfin constituer un espace privilégié de confrontation à des situations réelles.

Une modalité pédagogique est donc pertinente lorsqu’elle sert une intention d’apprentissage clairement identifiée.

Prévoir des situations intégratives

Le découpage d’un parcours en modules est utile pour organiser les apprentissages. Mais l’activité professionnelle, elle, ne se présente pas sous forme de modules. Dans une situation réelle, plusieurs compétences sont généralement mobilisées simultanément. C’est pourquoi une architecture pédagogique doit prévoir des moments d’intégration.

Projet fil rouge, étude de cas complexe, simulation, mission en entreprise, production professionnelle : ces situations permettent à l’apprenant de mettre en relation les apprentissages réalisés dans différentes parties du parcours.

Elles permettent également de vérifier que les connaissances et méthodes ne restent pas isolées. Plus le niveau d’autonomie attendu est élevé, plus ces situations intégratives prennent de l’importance.

Positionner l’évaluation tout au long du parcours

L’évaluation n’intervient pas uniquement à la fin. Elle peut remplir plusieurs fonctions. Au début, elle permet d’identifier les acquis et les besoins. Pendant le parcours, elle fournit des informations sur la progression et permet d’ajuster les apprentissages. À certains moments clés, elle permet de vérifier la maîtrise d’un ensemble de compétences.

Enfin, dans un dispositif certifiant, elle peut contribuer à une décision de certification. Ces fonctions ne doivent pas être confondues. Un quiz de connaissances peut être utile pour vérifier la compréhension d’un concept. Mais il ne permet généralement pas, à lui seul, de démontrer la maîtrise d’une compétence professionnelle complexe.

La conception de l’architecture pédagogique suppose donc d’anticiper les différentes évaluations et de déterminer leur fonction dans la progression.

Vérifier l’équilibre global du parcours

Une fois le parcours construit, il faut prendre de la hauteur. La représentation globale permet souvent de détecter des déséquilibres invisibles lorsqu’on examine les modules séparément.

Certaines questions sont particulièrement utiles :

  • Toutes les compétences sont-elles réellement travaillées ?
  • Certaines sont-elles surreprésentées ?
  • La progression vers l’autonomie est-elle visible ?
  • Les situations professionnelles arrivent-elles suffisamment tôt ?
  • Les évaluations correspondent-elles aux apprentissages proposés ?
  • Les volumes horaires reflètent-ils réellement la complexité des apprentissages ?
  • Les périodes en entreprise sont-elles articulées avec le parcours pédagogique ?

Une matrice croisant compétences, modules, modalités et évaluations constitue souvent un outil particulièrement efficace pour cette vérification.

Une architecture pédagogique donne du sens au parcours

Construire une architecture pédagogique ne consiste donc pas à remplir une grille horaire. Il s’agit d’organiser une progression permettant à un apprenant de passer d’un point de départ identifié à un niveau de maîtrise attendu.

  • Les compétences définissent la destination.
  • Les apprentissages intermédiaires définissent les étapes.
  • Les modalités pédagogiques organisent l’entraînement.
  • Les situations intégratives permettent de mobiliser les acquis.
  • Et l’évaluation permet d’objectiver la progression.

C’est cette architecture qui transforme une juxtaposition de modules en véritable parcours de professionnalisation.

Chez Edulead Solutions, nous accompagnons les acteurs de la formation dans la création, la refonte et l’optimisation de leurs architectures pédagogiques : analyse des compétences, construction des progressions, structuration des unités et modules, définition des volumes et articulation avec les modalités d’apprentissage et d’évaluation.

Parce qu’avant de construire un programme, il faut d’abord construire le chemin qui permettra d’atteindre les compétences visées.

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