Construire 480 heures de formation : pourquoi je ne commence jamais par répartir les heures

Lorsqu’un parcours de formation doit représenter environ 480 heures sur une année, la première tentation est assez naturelle : ouvrir un tableau, reprendre les blocs de compétences et commencer à répartir les heures. Si le référentiel comporte quatre blocs, pourquoi ne pas imaginer quatre grandes unités de 120 heures ? Sur le papier, l’équation est séduisante. Elle est simple, équilibrée et donne rapidement l’impression que le programme prend forme.

Pourtant, sur plusieurs missions de conception de parcours en alternance, et notamment lors de la construction d’un cursus d’environ 480 heures à partir d’un référentiel déjà structuré, ce n’est jamais par là que j’ai commencé. Parce qu’avant de décider combien de temps consacrer à un enseignement, il faut d’abord comprendre ce que l’apprenant devra réellement apprendre pour parvenir à maîtriser les compétences attendues.

Un référentiel ne fournit pas directement un programme de formation

Le référentiel décrit un professionnel arrivé au point d’arrivée. Il indique les activités qu’il doit pouvoir exercer et les compétences qu’il doit maîtriser à l’issue du parcours. Le programme, lui, doit construire le chemin permettant à un apprenant d’atteindre progressivement ce niveau.

Entre les deux, il existe donc un véritable travail de traduction pédagogique.

Une compétence professionnelle peut par exemple demander d’analyser une situation, de prendre une décision ou de proposer une solution. Mais pour parvenir à réaliser cette activité, l’apprenant devra peut-être d’abord comprendre son environnement professionnel, maîtriser un cadre réglementaire, acquérir certaines méthodes, apprendre à utiliser plusieurs outils, travailler sur des cas simples puis progressivement sur des situations plus complexes.

Une seule compétence du référentiel peut ainsi nécessiter plusieurs séquences de formation. À l’inverse, un enseignement transversal peut contribuer à plusieurs compétences et parfois à plusieurs blocs.

C’est pour cette raison qu’un découpage pédagogique ne peut pas être déduit mécaniquement du découpage certificatif.

Je commence donc par les apprentissages, pas par les heures

Avant d’attribuer le moindre volume horaire, je cherche d’abord à identifier les apprentissages nécessaires. Quelles connaissances constituent les fondamentaux ? Quels savoir-faire doivent être acquis avant les premières situations complexes ? Quelles compétences nécessitent une mise en pratique répétée ? Quels apprentissages sont transversaux ? Que peut-on raisonnablement attendre d’un apprenant au début du parcours, puis quelques mois plus tard ?

Cette analyse fait généralement apparaître une première architecture pédagogique. Elle permet d’identifier des unités d’enseignement, des modules, des séquences ou parfois des projets transversaux.

Ce n’est qu’ensuite que la question des heures devient réellement pertinente.

Le volume n’est alors plus distribué en fonction de la taille apparente des blocs, mais selon l’effort d’apprentissage nécessaire. Certaines compétences nécessitent davantage de temps parce qu’elles reposent sur plusieurs prérequis ou parce qu’elles doivent être mises en pratique plusieurs fois. D’autres peuvent s’appuyer sur des acquis antérieurs ou être travaillées conjointement avec plusieurs compétences.

C’est ainsi qu’un référentiel composé de quatre blocs peut parfaitement conduire à cinq unités d’enseignement, ou davantage. Ce n’est pas un défaut d’alignement. Cela peut au contraire être la conséquence d’une conception pédagogique plus fidèle aux mécanismes réels d’apprentissage.

480 heures ne sont donc pas 480 cases à remplir

La question du volume reste évidemment importante. Un programme doit être réaliste, équilibré et compatible avec les contraintes du parcours. Mais le nombre d’heures doit rester une conséquence de la conception et non son point de départ.

C’est particulièrement vrai dans les formations en alternance. Une partie de l’apprentissage se construit en centre, une autre dans l’entreprise. Certaines notions doivent être apportées suffisamment tôt pour permettre aux apprenants de comprendre les situations rencontrées sur le terrain. D’autres deviennent beaucoup plus intéressantes après une première expérience professionnelle.

Le calendrier lui-même commence alors à faire partie de l’ingénierie pédagogique.

Répartir 480 heures ne consiste donc pas simplement à faire entrer des modules dans un calendrier. Il faut déterminer ce qui doit être appris, dans quel ordre, avec quel degré de profondeur et à quel moment du parcours.

Le risque du programme parfaitement équilibré… mais pédagogiquement artificiel

La recherche d’un équilibre visuel peut parfois conduire à de mauvaises décisions. Quatre blocs de taille équivalente ne nécessitent pas nécessairement quatre volumes horaires équivalents. Un bloc comportant moins de compétences peut demander davantage de formation si celles-ci mobilisent des apprentissages complexes. À l’inverse, plusieurs compétences peuvent s’appuyer sur les mêmes fondamentaux.

Il faut également accepter qu’un programme ne soit pas forcément symétrique. Certaines unités d’enseignement peuvent être plus importantes que d’autres. Certaines périodes peuvent être consacrées à l’acquisition de fondamentaux, puis d’autres davantage aux projets et aux mises en situation.

Le programme doit raconter une progression, pas produire un tableau parfaitement régulier.

Vérifier ensuite que toutes les compétences sont couvertes

Cette liberté pédagogique ne dispense évidemment pas d’un contrôle rigoureux de l’alignement. Une fois le programme construit, je trouve particulièrement utile de revenir au référentiel et de vérifier compétence par compétence où et comment chacune est préparée.

Une matrice de correspondance permet par exemple d’identifier les unités d’enseignement et les modules contribuant à chaque compétence. Elle permet de repérer rapidement une compétence insuffisamment couverte, mais aussi les éventuelles redondances.

Ce contrôle fonctionne dans les deux sens : le référentiel vérifie le programme et le programme permet parfois d’interroger à nouveau le référentiel.

Le nombre d’heures arrive presque en dernier

C’est probablement le principal enseignement que je retiens de ces missions de conception. Lorsqu’on me demande de construire un parcours de 480 heures, ma première question n’est pas : « Combien d’heures faut-il mettre dans chaque bloc ? »

Elle est plutôt : « De quoi l’apprenant a-t-il besoin pour devenir progressivement capable d’exercer les activités décrites dans le référentiel ? »

Une fois cette réponse suffisamment précise, les 480 heures deviennent beaucoup plus simples à organiser.

Un programme de formation ne devrait donc pas être une répartition horaire du référentiel. Il doit être la traduction pédagogique d’une trajectoire vers la compétence.

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